Théologie spéculative
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La théologie spéculative s’est développée au cours du XIIe siècle, en se différenciant de la théologie traditionnelle des Pères de l’Eglise et des « docteurs » qui leur ont succédé. Celle-ci s’appuyait sur le commentaire, souvent ligne à ligne, des livres bibliques. Cette méthode a facilité la rédaction des bibles glosées, reprenant le texte biblique et synthétisant les commentaires des Pères pour chaque verset.

La théologie spéculative débute par la rédaction de recueils de « Sentences ». Ces ouvrages s’appuient sur la même matière que les bibles glosées : les sentences, ou jugements, des Pères de l’Eglise. Mais ils s’en distinguent par plusieurs innovations : les différents thèmes sont abordés selon un ordre systématique ; ils sont présentés sous forme de questions, auxquelles viennent répondre les sentences des Pères ; les auteurs des recueils s’efforcent de résoudre les contradictions entre plusieurs sentences.

Le Catalogue de Clairvaux débute par un ensemble remarquable de neuf volumes, tous conservés, des Sentences de Pierre Lombard (v. 1100-1160). Il s’agit du recueil qui s’est imposé entre tous au point de devenir un des manuels de base de l’enseignement de la théologie à partir du XIIIe siècle1. Son auteur avait bénéficié dans ses débuts du soutien de saint Bernard, qui favorisa sa venue à Paris où il enseigna au milieu du XIIe siècle.  Le Livre des Sentences de Pierre Lombard est divisé en quatre parties, portant respectivement sur Dieu, la création, Jésus Christ et enfin les sacrements.

L’enseignement étant basé sur la lecture et le commentaire du Livre des Sentences, des commentaires de ce texte par les principaux maîtres de théologie ont été diffusés. Ces commentaires prennent généralement la forme de la quaestio, utilisée dans l’enseignement : un passage du texte des “Sentences” donne lieu à une interrogation formulée par le maître qui la résout ensuite. Cette même forme pédagogique est utilisée dans les « Sommes », qui se développent au XIIIe siècle à partir des Sentences. L’enseignement universitaire passe aussi par les quodlibeta, exercices au cours desquels un maître peut être amené à répondre à des questions sur n’importe quel sujet. Ce genre a également donné lieu à des recueils. 

L’auteur de référence est saint Thomas d’Aquin. Il est cité dans le catalogue de 1472 juste après Pierre Lombard, pour son commentaire des Sentences puis pour sa Somme théologique et ses autres œuvres. En 1472, la bibliothèque de Clairvaux comptait 35 volumes des œuvres de cet auteur, presque tous conservés. Vient ensuite Pierre de Tarentaise, également dominicain, qui devint archevêque de Lyon puis pape sous le nom d’Innocent V. Clairvaux possédait 17 volumes de ses commentaires du livre des sentences.  

Si nous résolvons les problèmes de la foi par seule voie d’autorité, nous posséderons certes la vérité mais dans une tête vide ! Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, trad.
Aimon-Marie Roguet, Cerf 1984

En-dehors de ces deux auteurs, Clairvaux conserve une collection d’une soixantaine de volumes de théologie spéculative. Les auteurs franciscains y tiennent une part importante, au premier rang desquels saint Bonaventure.

Références

  1. 1.  Le catalogue cite également trois recueils contemporains des Sentences, également conservés, qui n’ont pas eu le même succès : les Sentences de Robert le Poule, Pierre de Poitiers et maître Martin.